Peter Norman, photo 1968

Certaines photos peuvent devenir tellement légendaires qu’elles suffisent à exprimer une idée ou résumer un événement. C’est le cas en 1968 à Mexico lors des Jeux Olympiques. Une photo, un podium, deux personnes noires et une blanche pour un cliché historique. Le message paraît clair, pourtant, des explications sont nécessaires.

Une photo historique

Cette photo est devenue célèbre dans le monde entier. Pourquoi ? Tommie Smith (vainqueur du 200m) et John Carlos (3ème) portent chacun un gant noir et lèvent le poing vers le ciel. Oui et alors ? Ce geste a une signification très importante. Le gant noir est le symbole des Black Panthers qui luttent pour l’égalité entre Noirs et Blancs aux Etats-Unis.

C’est donc un geste de protestation pour dénoncer le sort réservé aux personnes de couleur noire pas très loin du Mexique. Un geste fort et puissant qui aura raison des deux sportifs. Ces derniers seront exclus des jeux et obligés de quitter le village olympique immédiatement après la cérémonie. Revers de la médaille.

Peter Norman, l’homme blanc

Mais alors ? Qui est le troisième homme sur la photo ? Il s’agit de Peter Norman, un australien qui s’est hissé sur la deuxième marche du podium. Le parallèle entre le geste des deux sportifs et l’absence de réaction de Peter Norman est alors sujet à bon nombre d’interprétations. Pourtant, la vérité est toute autre.

Peter Norman, photo 1968

Crédit photo: Wikimedia – Angelo Cozzi

Les coulisses de cette photo: “parfois, les images peuvent tromper”

L’écrivain italien Riccardo Gazzaniga explique en effet dans un article publié sur son blog (en italien) rendant hommage à Peter Norman, les coulisses de cette photo. Depuis quelques années déjà, Tommie Smith et John Carlos veulent envoyer un message fort pour crier au monde les inégalités raciales aux Etats-Unis. Ils songent tout d’abord à un boycott mais se ravisent. Au moment de monter sur le podium, les deux athlètes vont voir Peter Norman pour leur expliquer leur plan.

En premier lieu, ils lui proposent de porter un badge du Projet Olympique pour les Droits de l’Homme qui vise à lutter contre le racisme dans le sport. Un badge formellement interdit dans une cérémonie. Peter Norman accepte de le porter se reconnaissant dans les valeurs du projet.

badge, Olympic Project for Human Rights

John Carlos racontera plus tard: “Nous lui avions dit ce que nous allions faire, nous savions que c’était une chose plus glorieuse et plus grande que n’importe quelle performance athlétique. Je m’attendais à voir de la peur dans les yeux de Norman… Mais à la place, nous y avons vu de l’amour.” Peter Norman leur répondra: “Je serai avec vous.”

Ensuite, Smith et Carlos expliquent le port du gant mais ces derniers se rendent compte qu’ils n’ont qu’une paire. Peter Norman va alors leur donner l’idée de porter un gant chacun. D’ailleurs, vous pouvez voir sur la photo qu’ils portent un gant chacun sur une main différente.

Peter Norman boudé, hué et haït dans son pays

Après cet événement, Peter Norman rentre dans son pays. Il est alors détesté par tout le monde. D’un côté les gens pensent qu’il cautionne le message de ces athlètes et tandis que d’autres pensent qu’il est raciste parce qu’il n’a rien fait. L’histoire va même plus loin. Il ne sera plus jamais sélectionné par sa fédération pour faire les Jeux Olympiques alors que ses performances pouvaient lui assurer une place.

Il faut rappeler qu’en Australie l’apartheid à l’encontre des Aborigènes était tout aussi strict qu’en Afrique du Sud. Autre point important, lors des Jeux Olympiques de Sydney en 2000, il n’a pas été invité. Peter Norman a toujours refusé de s’exprimer sur cette fameuse photo et surtout de la condamner. Ce sont donc les Etats-Unis qui l’ont invité dans leur propre délégation.

Sur la statue située en Californie qui illustre cet événement, Peter Norman est absent du podium. Un héros de l’ombre qui n’a jamais été oublié par ses deux partenaires de l’époque. La preuve, lors des funérailles de Peter Norman en 2006, Tommie Smith et John Carlos porteront son cercueil. Une présence hautement symbolique qui en dit long sur l’homme.

Statue Black Panthers, JO 1968

Crédit photo: Wikimedia – Rigo 23

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