Coline Devillard, triple championne d’Europe de gymnastique artistique, se prépare pour les Jeux olympiques de Paris 2024 tout en affrontant un obstacle inattendu : ses règles douloureuses. La gymnaste de 23 ans confie son combat quotidien, entre performances et contraintes physiologiques.
Une carrière brillante marquée par des défis quotidiens
Coline Devillard, déjà triple championne d’Europe en 2017, 2023 et 2024 et double médaillée de bronze aux Mondiaux, fait partie des figures de proue de l’équipe de France pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Cependant, sa carrière est ponctuée de défis, dont les cycles menstruels douloureux. Dans un entretien au HuffPost, elle décrit un quotidien où les règles compliquent l’entraînement et la performance.
Impacts physiques et psychologiques des règles sur la pratique sportive
La jeune gymnaste, qui travaille actuellement un Tsukahara avec double vrille pour les prochains Jeux, exprime ses frustrations : « Mes cycles menstruels sont pénibles pour ma pratique sportive. Je perds beaucoup de sang, j’ai mal au ventre et en bas du dos. Je me sens aussi très fatiguée pendant cette période ». Ces douleurs impactent directement ses capacités à s’entraîner intensivement et à réaliser des sauts en extension, augmentant le risque de blessure.
Stratégies d’adaptation et communication ouverte
Pour contourner ces obstacles, Coline préfère se concentrer sur des exercices moins exigeants, tels que la souplesse, la proprioception, ou les barres et la poutre. Elle insiste également sur l’importance de parler ouvertement de ses règles avec ses entraîneurs : « Je préfère faire moins pour ne pas me blesser » et ajoute : « Je n’ai aucun tabou à parler de mes règles à mes entraîneurs ». Pour elle, il est crucial que les athlètes féminines puissent exprimer librement leurs contraintes physiologiques afin de pouvoir adapter leurs entraînements.
Une mauvaise expérience avec un traitement médical
L’an dernier, Coline Devillard a visité une gynécologue du sport pour gérer ses douleurs menstruelles. « Elle m’a donné un traitement, mais ça ne me convenait pas du tout. À cause de cet anti-inflammatoire, j’ai eu mes règles pendant quinze jours durant le championnat du monde ». Cette expérience a dissuadé la gymnaste de poursuivre des consultations médicales pour ce problème, bien qu’elle reconnaisse que ce n’est pas idéal.
Les appréhensions spécifiques aux compétitions
En compétition, d’autres préoccupations prennent le relais. Si Coline assume ses règles pendant les épreuves, elle avoue redouter l’apparition de taches sur son justaucorps ou que le fil du tampon soit visible. En phase d’entraînement, elle porte un short au-dessus de son justaucorps, mais elle ne peut pas faire ce choix lors des compétitions. « On est en justau, on sait qu’on saigne d’en bas, bien sûr on a peur d’avoir une tache, ou pire que la ficelle du tampon dépasse du justaucorps », précise-t-elle.
Solidarité et soutien au sein de l’équipe de France
Malgré ces craintes, la solidarité au sein de l’équipe de France demeure un appui crucial. « On essaie de s’arranger, on peut adapter la couleur du justau si on sait que l’une d’entre nous a ses règles ». Cette entraide est essentielle pour permettre à chacune de se sentir à l’aise et soutenue, quel que soit le contexte.
Un appel à libérer la parole sur les règles dans le milieu sportif
Coline Devillard plaide pour une banalisation des discussions autour des règles, même au sein de la Fédération française de gymnastique, où le sujet reste encore tabou. « Il faut vraiment banaliser les règles. Moi, j’en parle déjà beaucoup, surtout aux plus jeunes qui sont déstabilisées quand les premiers cycles arrivent. Mais je crois qu’il faut libérer la parole encore plus ».
Alors que la gymnaste se prépare à briller aux Jeux olympiques de Paris 2024, elle espère également que son témoignage encouragera d’autres athlètes à s’ouvrir et à discuter ouvertement des défis que posent leurs cycles menstruels. Comment ces discussions pourraient-elles transformer la gestion des athlètes féminines à l’avenir ?

