Sauter une séance vous angoisse ? Le test qui distingue la passion de la dépendance

Entre passion et dépendance, la frontière se joue dans le rapport à la séance et au miroir : définition, comportements à surveiller et réflexes pour garder la main.

Romain Castagnet Par Romain Castagnet
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Sauter une séance vous angoisse ? Le test qui distingue la passion de la dépendance
Séance de musculation avec barre et disques dans une salle d’entraînement.

En bref

  • La bigorexie est une préoccupation excessive de son corps et de sa musculature, qui pousse à s’entraîner de façon compulsive.
  • Ce n’est pas le volume d’entraînement seul qui compte, mais la perte de liberté face à la pratique.
  • Le trouble touche la vie sociale, le corps et l’humeur ; un professionnel de santé peut aider à l’évaluer.

La bigorexie désigne une obsession de l’apparence musculaire : la personne se juge toujours trop petite, trop peu athlétique, et compense par un entraînement qui prend toute la place. Le mot est parfois associé à la dysmorphie musculaire, une forme de trouble de l’image corporelle. Dans les salles de musculation comme dans les sports d’endurance, elle se cache souvent derrière une discipline que l’entourage admire.

Une passion qui change de nature

S’entraîner souvent n’est pas un symptôme. Un sportif de haut niveau ou un amateur très investi peut avoir un emploi du temps chargé sans que sa santé mentale en souffre. La différence tient au rapport à la séance : dans une pratique saine, elle reste un choix que l’on peut adapter. Dans la bigorexie, elle devient une obligation, et sauter un entraînement provoque anxiété, culpabilité ou irritabilité.

Le trouble se distingue aussi par le regard porté sur soi. Même avec une musculature développée, la personne continue de se percevoir comme insuffisante. Le miroir ne rassure pas, il alimente la quête suivante : plus de charges, plus de séances, plus de contrôle sur l’alimentation.

Les signaux qui doivent alerter

Plusieurs comportements, observés ensemble et dans la durée, peuvent évoquer une emprise :

  • poursuivre l’entraînement malgré une blessure, une douleur persistante ou une grande fatigue ;
  • annuler des sorties, des repas ou des obligations pour ne pas manquer une séance ;
  • suivre un régime très rigide et vivre mal tout écart ;
  • se peser, se mesurer ou s’examiner devant la glace de façon répétée ;
  • ressentir une tension forte, voire de la honte, quand la routine est perturbée.

Aucun de ces points ne suffit à poser un diagnostic. C’est leur accumulation, et surtout leur retentissement sur le quotidien, qui compte.

Des effets sur le corps et sur la vie sociale

Surcharge d’entraînement, récupération négligée et blessures à répétition figurent parmi les conséquences possibles pour le corps. Le sommeil peut en pâtir, tout comme l’humeur. Sur le plan relationnel, la pratique grignote le temps familial, amical ou professionnel, et l’entourage se sent parfois relégué derrière le planning sportif.

Les produits censés accélérer la progression constituent un autre point de vigilance. Compléments, substances dopantes ou régimes extrêmes peuvent s’ajouter à la routine ; leur usage mérite une discussion avec un médecin plutôt qu’un arrangement discret entre pratiquants.

Que faire quand le doute s’installe

Pour soi-même, un premier réflexe consiste à observer ce que provoque une journée de repos : soulagement, ou angoisse ? Tenir un carnet d’entraînement et d’humeur aide à voir si la pratique suit un plan ou répond à une contrainte intérieure.

Pour un proche, mieux vaut parler de ce que l’on constate, sans moquerie ni jugement sur le physique, et éviter de réduire la discussion à un reproche sur le temps passé en salle. Un médecin généraliste, un psychologue ou un psychiatre peuvent évaluer la situation et proposer un accompagnement adapté. Un entraîneur ou un coach attentif peut aussi jouer un rôle utile en rappelant la place du repos dans la progression et en acceptant de faire varier les objectifs.

Concrètement, prévoir à l’avance des jours sans séance, les inscrire au programme comme n’importe quel entraînement et varier les activités, par exemple une sortie en plein air plutôt qu’une séance de charges, aide à rétablir une relation plus souple avec l’effort. Parler de ses doutes à une personne de confiance, avant qu’ils ne s’installent, évite de s’enfermer seul dans la routine.

Sur le fond, l’enjeu n’est pas de renoncer au sport. Il s’agit de retrouver une pratique qui sert la santé et le plaisir, au lieu de les commander. La rubrique Culture Sport aborde d’autres facettes de cette relation entre corps, performance et équilibre.

Photo : Ketut Subiyanto / Pexels

Romain Castagnet

Compétitions, performances et culture sportive

Romain Castagnet

Romain Castagnet a commencé par tenir les résultats du club de football de son village dans le bulletin municipal, puis a couvert le sport amateur pour un quotidien régional pendant une dizaine d'années. Sur 360sport, il suit le football, du championnat de France aux compétitions européennes, et garde un œil sur le tennis et le basket. Il tient à distinguer un score d'une tendance et revient volontiers sur un match trois jours plus tard, une fois l'émotion retombée. Il joue encore en vétérans le dimanche matin, en défense centrale.