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Franz Binder, histoire d’un footballeur autrichien, sacré champion du Reich

La légende du Rapid de Vienne a disparu des mémoires comme son compatriote Mathias Sindelaar, il a pourtant marqué son époque de ses crampons, appartenant au groupe très restreint des joueurs à plus de 1000 buts. Le prolifique attaquant n’a jamais eu la reconnaissance méritée, né du mauvais coté de la frontière, il n’aura pas l’occasion de montrer son talent à l’international, bien que réquisitionné par l’Allemagne nazi pour satisfaire le plaisir du Führer. Son image et son talent furent utilisés comme arme de propagande tandis que l’athlète tentait de survivre sur le front russe.

Un travailleur footballeur

Franz Binder est né dans une famille pauvre de l’Autriche pré-Anschluss, une famille de 10 enfants, ce qui implique une rapide prise de conscience des priorités : travailler pour se nourrir. Les temps sont plutôt moroses en France si bien que je m’abstiendrais d’un couplet grandiloquent sur la misère de l’époque. Pour faire court le jeune Binder passa le plus clair de son temps à jouer au foot dans sa ville natal de St Pölten et dans le train qui le menait chaque jour au travail. Durant cette période il était déjà évident que ses aptitudes physiques le sortiraient de cet enfer industriel tandis que sa réputation se fait grandissante : le gaillard autrichien possède une frappe hors du commun, certainement le point de départ de sa carrière à plus de 1000 buts, une force telle que les filets de l’époque avaient, paraît-il, tendance à se déchirer lorsque le ballon venait caresser le pied de Bimbo.

Franz "Bimbo" Binder, Poussières d'étoiles

Crédit photo: weltfussball.de

Nom d’artiste : Bimbo

Ce surnom, bien que sympathique en apparence, reflète bien l’humeur taquine des voisins allemands : Bimbo est en effet un sobriquet bien péjoratif pour désigner ce que l’Europe d’avant-guerre appelle encore “nègre”, surnom donné à Binder pour décrire sa manière de courir si particulière. Qu’à cela ne tienne, la vengeance est un plat à consommer bien frais, même en Autriche. Agé de 19 ans, il intègre le Rapid de Vienne; la légende est en marche, il remplira son armoire de trophées et les livres de records avec ses 1006 buts en 756 rencontres. Qui dit mieux ?

1941 : Vengeance du Bimbo

Le championnat 1940/1941 donne lieu à l’une des rencontres les plus légendaires de l’histoire du football mondial. Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazi envahit son pseudo copain URSS, prélude à une guerre totale et dévastatrice. Au stade olympique de Berlin, l’ambiance n’est pas la même que sur le front Est, puisque 100 000 personnes se sont amassées pour voir leur champion Shalke 04 défaire les sous-voisins du Rapid de Vienne. Les années 1930 ont été extrêmement riches pour le club de Gelsenkirchen, une machine à gagner emmenée par les stars du moment Szepan et Kuzorra et accessoirement vitrine du Reich pour motiver les troupes sur un thème cher à Adolph, j’ai nommé la performance. De son côté l’équipe de Vienne a Bimbo dans ses rangs, largement suffisant.

Sans refaire un cours magistral d’histoire, il est évident que l’opposition entre les deux clubs est bien plus qu’un match de foot, c’est bien sur une rivalité sportive entre cousins germains, une opportunité pour Shalke 04 de devenir le plus grand club d’Allemagne, le club du Reich millénaire. Pour les Viennois, l’affaire est toute autre puisqu’il s’agit pour eux de laver l’affront de 1939, où l’équipe fut transpercée par neuf fois, et surtout, au niveau politique, une opportunité unique pour les Autrichiens de montrer leurs valeurs aux condescendants Allemands. Rapidement mené 2-0 le Rapid croit d’abord voir l’histoire se répéter, surtout que le troisième but allemand ne tarde pas à venir sous les encouragements d’une foule hystérique. Le reste appartient à l’histoire : un premier but de Schors puis une démonstration de Binder, 3 buts en quelques minutes, 3 buts pour se souvenir à jamais que le football est un sport où rien n’est écrit d’avance, 3 buts signés Bimbo pour rappeler aux Allemands qu’un Reich seul ne pourrait l’arrêter.

Crédit photo principale : wien.gv.at

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