Le football victime de sa popularité, le 13 novembre comme dans les années 1930.

Depuis plus d’une semaine maintenant, le football français, européen et mondial est en deuil, touché en son sein par la barbarie aveugle. Le football est une victime désignée depuis longtemps, il est le sport favori d’une bonne partie de la planète et en cela il devient aussi la proie de ceux qui veulent ébranler des États. Une histoire pas si lointaine nous rappelle d’ailleurs que le football éveillait déjà l’attention des puissances fasciste, nazie et franquiste; non pas pour tuer des innocents ou bénéficier de la lumière des caméras du monde entier mais davantage pour avoir la mainmise sur des classes laborieuses essentielles et pour le prestige, l’exaltation nationale.

Le personnage clé dans cette histoire est celui de Benito Mussolini: le football jouissait déjà d’une belle côte de popularité dans le Royaume d’Italie, un engouement populaire que le Duce utilisera comme un outil précieux pour construire son unité nationale. Le sport devient alors un membre du gouvernement à part entière, un nouveau point d’émission de propagande.

Crédit photo principale : The Guardian – Benito Mussolini (au centre, en blanc) pose avec l’équipe italienne au Palazzo Venezia à Rome après leur succès à la Coupe du Monde 1938, leur deuxième après celle de 1934.

De la naissance au triomphe du football fasciste

Si Mussolini et son régime fasciste décident de s’approprier le football, c’est avant toute chose une question de domination: dominer les consciences, dominer les comportements et les foules, faire que chaque individu ne soit plus qu’une partie de la masse, les joueurs comme les supporters. Mussolini n’était pas en soi un tifoso acharné (bien que la Lazio soit son club de cœur), mais il a très vite compris l’intérêt de subjuguer le 12ème homme grâce aux exploits sportifs, et va dès lors consacrer beaucoup de temps et d’argent au football.

C’est lui qui définit la Serie A comme la principale ligue nationale de football italienne en 1929 avant d’entamer une série de grands travaux dans toute l’Italie: Turin, Bologne, Bari, Florence, Livourne, Rome, toutes ces villes se sont dotées de magnifiques stades (la Lazio utilise toujours le sien), des édifices comme autant de symboles de la puissance du football italien. De plus, ces stades seront l’argument majeur de l’Italie dans la course à l’obtention de la Coupe du Monde 1934.

coupe du monde 1934, affiche fasciste

Affiche officielle de la Coupe du Monde de la FIFA organisée par l’Italie fasciste en 1934

La Coupe du Monde 1934 fut l’apogée de cette politique menée par le Duce, et tant pis si pour cela il fallut tricher, corrompre, occulter. Lors de la demi-finale face à la Wunderteam autrichienne, Mussolini lui-même avait décidé de l’arbitre de la rencontre, d’où ce match d’une violence rare. Fier de son succès, il s’empressa de reconduire l’arbitre suédois pour la finale contre la Tchécoslovaquie, une nouvelle parodie de football. Car ce jour-là c’est bien le régime de Mussolini qui avait gagné et non La Nazionale, le journal Il Popolo d’Italia faisant allusion à la victoire d’une vison d’harmonie, de discipline, d’ordre et de courage.

Les heures sombres du football européens

Les régimes totalitaires fascinés par l’exaltation populaire que Mussolini tire du football, vont s’inspirer de l’allié italien pour imposer davantage d’ordre dans leur société respective: Hitler, Franco, Staline et plus tard Tito seront de grands adeptes du contrôle des masses par le sport.

Côté Allemagne Nazie, l’une des préoccupations d’Hitler étant la supériorité de la race aryenne, le sport et le football se devaient d’être instrumentalisés dans cet objectif: faire que le sport soit le reflet de cette supériorité. L’exemple le plus célèbre reste certainement les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, mais Hitler attachait une attention particulière au football depuis la troisième place allemande lors de la Coupe du Monde 1930. Une place qui ne reflètent pas le niveau de l’équipe, largement dominée par ses concurrents européens lors des rencontres internationales, et notamment par l’Autriche, son autre patrie. L’annexion du pays en 1938, lui donnera l’occasion de former une seule équipe nationale et surtout de profiter des nombreuses pépites de la Wunderteam. Son désir de briller à l’international était tel qu’il “négociait” avec la FIFA pour accueillir la Coupe du Monde avortée de 1942.

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L’équipe de football anglaise effectuant un salut nazi en mai 1936, au Stade Olympique de Berlin, avant un match amical contre l’Allemagne – Crédit photo: Daily Mail

En Espagne aussi, le général Franco avait bien compris la leçon de manipulation donnée par Mussolini. À une exception près puisqu’il s’agissait non pas d’exalter la nation à travers son équipe nationale, mais de rayonner par le biais de son club de cœur, le Real Madrid. Franco était bien conscient du fait que la Catalogne transpirait déjà le football grâce au FC Barcelone, ajoutons à cela que la région concentrait alors les plus vives résistances républicaines, deux affronts suffisants pour que le militaire espagnol décide d’assassiner le président du FC Barcelone, Josep Garriga, de bombarder le siège du club, avant d’interdire le drapeau et l’hymne catalan.

À partir de là, le Real Madrid est promu au rang de symbole de l’unité nationale, Franco allant même jusqu’à interférer dans les négociations avec les joueurs, l’arrivée dans la capitale espagnole du fantastique Di Stefano comme principal exemple.

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